Croyez en la lumière, afin que vous soyez des enfants de lumière (Jean 12:36)

Eveque Hilarion Alfeyev

   
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08 septembre, 2008
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Bienheureux ceux qui ont cru sans avoir vu

Evêque Hilarion Alfeyev 

«Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas». Ainsi Thomas a répondu aux apôtres qui lui avaient annoncé la résurrection du Seigneur (Jn. 20, 25). 

«Si je ne vois pas, je ne croirai pas». C’est ainsi souvent que nous répondent ceux qui exigent des preuves logiques et palpables de la foi chrétienne. Mais il ne peut y avoir de telles preuves, car la foi chrétienne est au-delà de la connaissance rationnelle. Dans le christianisme rien ne peut être démontré de manière logique, ni l’existence de Dieu, ni la résurrection du Christ, ni d’autres vérités que l’on peut seulement accepter ou refuser. 

«Personne n’a jamais vu Dieu», dit l’apôtre Jean (Jn. 1, 18). De même personne n’a jamais démontré l’existence de Dieu. Cependant, malgré cette irrationalité apparente de la foi chrétienne, des millions de personne sont venues, viennent et viendront au Christ, croyant en sa résurrection et reconnaissant l’existence divine. Pourquoi? Parce que leur chemin a croisé Dieu et qu’ils n’ont plus besoin d’aucune démonstration.  

Mais comment l’homme rencontre-t-il Dieu? Cela se passe différemment pour chacun de nous. Pour les uns il s’agit d’une révélation soudaine, d’une prise de conscience de la proximité de Dieu. Pour d’autres, c’est la croissance progressive de la présence divine en eux, la reconnaissance graduelle de la résurrection du Christ. Parfois, lorsque le Christ sort à la rencontre de l’homme, celui-ci ne s’en rend compte que plus tard. C’est ce qui s’est passé avec les deux disciples qui rencontrèrent le Christ sans le reconnaître sur la route vers Emmaüs. Le Seigneur les accompagna toute la route, discuta avec eux, entra dans leur maison, et ce n’est qu’à la fraction du pain, qu’il leur apparut en son identité, devenant tout de suite invisible. Et ils se sont dit alors: «Notre cœur ne brûlait-il pas lorsqu’il nous parlait en route?» (Lc 24, 32). Et ils allèrent avec joie annoncer aux autres disciples leur rencontre avec le Maître. 

Il est étonnant que les disciples n’aient pas reconnu le Christ lorsqu’il était auprès d’eux; leurs yeux corporels n’ont pas pu discerner le Dieu ressuscité. Ce n’est qu’avec les yeux de leur cœur qu’ils ont pu voir le Seigneur. Dès ce moment, il leur est devenu invisible, parce qu’il n’y a plus besoin de la vision corporelle lorsque le cœur s’embrase de la foi. 

C’est ce qui arrive aux chrétiens qui, sans avoir vu le Seigneur, se sont enflammé d’amour pour lui. C’est à leur sujet que le Christ dit: «Bienheureux ceux qui ont cru sans avoir vu» (Jn. 20, 29). Ils sont bienheureux parce qu’ils n’ont pas cherché des preuves logiques, mais le feu que Dieu envoie dans le cœur des hommes. Nous croyons en la résurrection du Christ non pas parce que quelqu’un nous en a persuadé, mais parce que nous avons connu le Ressuscité par notre propre expérience. Nous avons cru en Dieu non pas parce que nous l’avons vu, mais parce que nous avons senti sa présence vivifiante en notre cœur. 

La raison sceptique de l’homme contemporain lui insinue: «Si je ne vois pas, je ne croirai pas». Et nous nous disons: «Je crois même sans voir». Si dans la religion il n’y avait aucun mystère, quelle serait sa différence avec ce qui nous entoure? 

En nous engageant dans la vie chrétienne, nous lançons un défi au monde qui nous entoure. Bien plus, nous défions notre propre raison qui met en doute l’existence divine. Lorsque nous naviguons sur le bateau de la foi chrétienne, nous sommes confrontés à des risques innombrables. Nous n’avons aucune assurance de pouvoir atteindre le havre sans faire de naufrage (1 Tm. 1, 19). On ne nous a pas promis dans notre vie terrestre de rencontrer le Christ face à face comme Thomas l’a fait recevant la preuve physique de la Résurrection du Seigneur. Bien sûr, dans le siècle à venir nous rencontrerons Dieu face à face, mais il faut encore y croire. En attendant, nous n’avons que l’expérience intérieure de la résurrection du Christ, plus forte que toutes les preuves logiques et plus puissante que la vision corporelle. 

Pourquoi cette expérience nous est-elle donnée? Afin que nous la partagions avec d’autres. Nous devons savoir que tant que le Christ ressuscité n’est pas ressenti par chaque homme, tant que le monde ne croit pas en la résurrection du Seigneur, la mission terrestre du Christ ne sera pas achevée. De même que les apôtres sont allés prêcher le Christ après sa résurrection, ainsi nous tous sommes appelés à proclamer le Christ par nos vies, non seulement en paroles, mais aussi en actes. 

Pourquoi pendant la période pascale la liturgie de l’Eglise orthodoxe est célébrée non seulement dans les églises, mais également à l’extérieur d’elles? Pourquoi ne nous contentons-nous pas d’office ordinaire, mais sortons dans la rue avec les icônes et les étendards? Précisément parce que notre vocation n’est pas seulement de nous réjouir du contact avec le Christ dans les murs de nos églises, mais aussi de témoigner du Ressuscité dans les rues, où le monde mène son train habituel. 

Nous sommes appelés à perpétuer l’œuvre des apôtres qui ont contemplé la résurrection du Christ non avec les yeux du corps, mais avec ceux de l’âme. Sachons que ce n’est pas seulement à eux, mais aussi à nous que sont adressées les paroles du Seigneur: « Allez, enseignez tous les peuples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous jusqu’à la fin du siècle » (Mt. 28, 20).

 
© Eveque Hilarion Alfeyev