Il est devenu solitaire afin de nous délivrer de la solitude |
Eveque Hilarion Alfeyev |
Evêque Hilarion Alfeyev
Les derniers jours de sa vie terrestre le Seigneur fut laissé seul face à ceux qui le haïssaient, face aux souffrances et à la mort. Il but jusqu’au bout le calice qui lui était réservé, et a vécu le sort le plus terrible de l’homme, la solitude et l’abandon.
Seul il se trouva à Gethsémani pendant que ses disciples dormaient. Il fut seul au tribunal du grand-prêtre, seul à l’interrogatoire de Pilate, car ses disciples s’étaient enfuis de peur. Il marcha seul à Golgotha: c’est un passant, et non un de ses disciples bien-aimés, qui l’aida à porter sa croix. Il fut seul sur la Croix et mourut abandonné de tous.
Sur la Croix Jésus s’écria vers son Père: «Mon Dieu, mon Dieu! Pourquoi m’as-tu abandonné?» (Mt. 27, 46). Dans ce cri s’est exprimée la douleur de toute l’humanité et de chaque homme, la douleur de tous ceux qui se sentent abandonnés de Dieu.
Il est terrible d’être délaissé par ses amis, ses proches, mais il est plus effrayant de se sentir abandonné de Dieu, de croire qu’un mur infranchissable est érigé entre lui et soi-même et qu’il ne nous entend plus, ne se souvient plus de nous.
Si tu souffres de la solitude, souviens-toi de l’isolation du Seigneur les derniers jours de sa vie. Si tu es délaissé par tes proches, si tu es calomnié, si tu es considéré hérétique et transgresseur de la tradition des Pères, si tu es condamné, souviens-toi que le Seigneur a connu tout cela.
Si celui avec qui tu as vécu, qui communiait de ton calice, mangeait ton pain, celui à qui tu t’étais confié en ton amour, à qui tu avais découvert tes pensées et tes sentiments, dont tu ne cachais rien, s’il s’est détourné de toi et t’a dénigré, souviens-toi de ce que le Christ avait éprouvé.
Si ta croix est si lourde que tu ne peux plus la porter et si tes proches refusent de te soutenir, sois reconnaissant à ce passant qui t’aiderait à le porter ne serait-ce qu’un petit bout. S’il te semble que Dieu n’est plus, qu’il s’est détourné de toi ou ne t’entends plus, ne désespère pas, car le Christ avait également connu ce sentiment terrible et amer.
Si tu es condamné, diffamé, frappé, couvert des crachats et crucifié, s’il l’on te donne le vinaigre à la place de l’eau, prie pour ceux qui te crucifient, car ils ne savent ce qu’ils font.
Avec crainte, silence et amour prosternons-nous devant le tombeau du Christ et rendons-lui grâce d’être devenu solitaire afin de nous délivrer de la solitude, d’avoir été calomnié et injurié, humilié, tourmenté et mis à mort, afin qu’en toute souffrance nous sentions que nous ne sommes pas abandonné et que notre Sauveur est avec nous jusqu’à la fin des siècles. Amen.